Clôture de l’Année Internationale de l’Agriculture Familiale en France

L’Année Internationale de l’Agriculture Familiale, célébrée en France tout au long de l’année 2014, a été clôturée lors du séminaire de bilan et de perspectives organisé le 26 janvier dernier  au ministère de l’agriculture. Les principaux acteurs français, à l’origine d’une centaine d’initiatives, étaient présents pour discuter des perspectives et fixer des axes de travail pour les années à venir.

Henri Rouillé d’Orfeuil, coordinateur de l’AIAF, a introduit cette journée en rappelant que « l’ampleur de la mobilisation pendant cette campagne a largement permis de lutter contre le discrédit qui frappe les agricultures familiales, de renforcer le niveau de connaissance des agriculteurs familiaux et de mieux apprécier les conditions favorables à leurs développement ». Les acteurs engagés doivent aujourd’hui, selon Patrick Caron, directeur général du Cirad, favoriser « la mise en politique des agricultures familiales, pour passer d’un soutient exclusif à l’agriculture à l’accompagnement spécifique des agricultures familiales ».

Dans ce sens les intervenants ont souligné différents engagement encourageant au niveau national. Anick Girardin, secrétaire d’Etat au développement, rappelait qu’au sein de « la première loi sur le développement et la solidarité internationale, adopté le 7 juillet 2014, le Ministère des Affaires Etrangères fait du soutient à l’agriculture familiale et à la sécurité alimentaire et nutritionnelle une priorité ». De son côté le sociologue et vice-président du CGAAER, Bertrand Hervieux, énonçait différentes avancées dans la loi d’avenir agricole du 13 octobre 2014, qui selon lui « renforce le caractère familiale de l’agriculture en France ». Il a, notamment, mentionné la consolidation de l’activité des Safer, qui constituent, avec le statut du fermage, « les premiers antidotes à la financiarisation de l’agriculture ».

Le rapport final du coordinateur français de l’AIAF remis au Ministre de l’Agriculture et à la Secrétaire d’Etat au Développement « insiste sur l’importance de poursuivre les efforts en faveur des agricultures familiales au delà de 2014 ». Ce document de synthèse dégage sept chantiers prioritaires pour les années à venir :

  • Renforcer la connaissance des agriculteurs familiaux du monde et leur prise en compte dans les débats publics internationaux et les programmes de recherche,
  • Créer un environnement national favorable au développement des agricultures familiales grâce à des outils et des mesures spécifiques de politiques publiques,
  • Veiller à maintenir l’agriculture familiale dans l’agenda politique international,
  • Faciliter l’accès à la terre et aux ressources naturelles, sécuriser les usages et encourager leur gestion durable,
  • Appuyer la formalisation des systèmes agricoles nationaux de connaissance et d’innovation, soutenir les politiques d’accompagnement des exploitations familiales grâce à la médiation des organisations paysannes,
  • Former et installer les jeunes, soutenir l’organisation d’un mouvement international de jeunes agriculteurs,
  • Promouvoir des systèmes alimentaires territorialisées.

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Henri Rouillé d’Orfeuil, remet le rapport final à Annick Girardin, secrétaire d’Etat au Développement et à la Francophonie

©Cheick Saidou/Min.Agri.Fr

Certaines pistes de travail ont également été soulevées par les intervenants, à l’image du président d’Afdi, Gérard Renouard, qui considère que « la profession agricole doit aujourd’hui chercher à valoriser sa capacité d’innovation sociale et solidaire, autant que l’innovation scientifique et paysanne ».

Le président de Jeunes Agriculteurs, Thomas Diemer, a rappelé que JA reste mobilisé et travaille, avec plusieurs organisations paysannes motrices sur les différents continents, à la construction d’un réseau international et à un passage de relais pour l’organisation d’une deuxième rencontre internationale de jeunes leaders paysans courant 2015.

La reconnaissance des agricultures familiales par les institutions nationales et internationales, l’accès à la terre et aux ressources naturelles, ainsi que le maintien des agricultures familiales dans l’agenda diplomatique international sont autant de revendications défendues par le réseau international des jeunes agriculteurs, qui figurent dans les axes de travail prioritaires pour l’avenir.

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« Ceux qui sèment » – vidéo d’Agro Sac à Dos sur les agricultures familiales

Dans le cadre de l’Année Internationale de l’Agriculture Familiale, les jeunes agronomes de Montpellier Supagro ont mis à profit leurs stages de fin d’études pour réaliser un film sur la diversité des agricultures familiales.  Une quarantaine d’étudiants, présents dans 10 pays, répartis sur 4 continents, ont ainsi valorisé la richesse de leurs expériences de terrain, en développant une méthodologie validée par un comité de suivi scientifique.

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Rencontres Internationales de Brasilia 14 et 15 novembre 2014

Les organisations paysannes, ONG, organisations de coopérations et centres de recherches des cinq continents se sont réunis le 14 et 15 novembre 2014, à Brasilia, pour évaluer les résultats de l’AIAF et fixer les thèmes de travail prioritaires à compter de l’année 2015. Cette rencontre internationale a aboutie à l’adoption d’une déclaration finale par les différents participants. JA et Afdi étaient invités pour présenter les résultats du Sommet international des jeunes agriculteurs et exposer les revendications du manifeste international des jeunes agriculteurs.

La mobilisation de 49 comités nationaux tout au long de l’année, regroupant à travers le monde plus de 650 organisations paysannes, ONG, instituts de recherche, institutions gouvernementales et organisations internationales, illustre toute  l’importance de l’agriculture familiale. « L’implication des organisations paysannes a été essentielle pour permettre de mieux connaitre les agricultures familiales et de mieux comprendre et identifier leurs préoccupations » précise José Osaba, coordinateur du Forum Rural Mondial.

De son côté, Vincent Touzot, administrateur national de Jeunes Agriculteurs et vice-président d’Afdi, rappelait à Brasilia « que les jeunes leaders paysans des cinq continents ont la volonté de poursuivre le dialogue international entre organisations paysannes au delà de 2014 et cherchent à renforcer la dynamique du Sommet de Bordeaux ». Sur la base du manifeste international des jeunes agriculteurs «  nous devons approfondir notre travail de  plaidoyer, en construisant  les fondations d’un réseau international des jeunes agriculteurs capable de défendre le développement des agricultures familiales et le rôle des jeune agriculteurs».

Le manifeste de Brasilia adopté par les différents acteurs de la société civile de l’AIAF, accorde une place centrale à la jeunesse agricole dans le développement des agricultures familiales et la dynamique des territoires ruraux. « L’adoption de politiques publiques différenciées promouvant l’incorporation, l’intégration, la reconnaissance sociale, juridique et économique des jeunes dans le secteur agricole, comme indiqué dans le manifeste de Bordeaux » constitue l’un des 6 axes de travail prioritaires du manifeste de Brasilia pour les années à venir. En valorisant l’importance de l’engagement des jeunes leaders paysans, la société civile internationale renforce le travail de plaidoyer entrepris par la délégation internationale de jeunes agriculteurs présente à Bordeaux.

Ces rencontres internationales ont été, pars ailleurs, l’occasion pour JA d’entamer des discussions avec la CONTAG, premier syndicat agricole brésilien, sur les suites du Sommet international des jeunes agriculteurs. Ces échanges laissent espérer l’organisation d’une deuxième rencontre internationale de jeunes leaders paysans courant 2015.

L’avenir de l’agriculture familiale appartient aux jeunes

« Nous croyons fortement en la capacité des organisations des jeunes de prendre leur élan pour construire, ensemble, les fondations d’une agriculture familiale pleine d’avenir » .

Consultez l’article, L’avenir de l’agriculture familiale appartient aux jeunes, sur le site de la campagne de l’Année Internationale de l’Agriculture Familiale.

Le Sénégal souhaite installer ses jeunes

Agricultrice engagée, Karen Chaleix a rencontré des jeunes agriculteurs sénégalais lors d’une mission sur place dans le cadre de l’Année internationale de l’agriculture familiale.

 

Installée depuis 2008 en EARL, Karen est éleveuse de bovins-viande en Haute-Vienne : « J’ai un cheptel de 80 vaches limousines que je nourris avec les céréales que je produis. » L’agricultrice a gravi les échelons de JA petit à petit : « En 2008, je me suis engagée d’abord dans mon canton, ensuite dans le département, pour désormais faire partie de l’équipe nationale. Depuis juin 2014, je suis coadministratrice des dossiers Installation et Communication. » Point d’orgue de l’AIAF en France, le Sommet international des jeunes agriculteurs est une réussite : « La signature d’un manifeste par des organisations de jeunes venant des cinq continents est l’aboutissement d’une consultation que nous avons menée conjointement avec eux tout au long de l’année. Le but final est de promouvoir l’agriculture familiale auprès des organisations internationales. » Le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (CNCR), principale organisation d’agriculteurs sénégalais a échangé avec JA lors du sommet : « Au contraire de JA, les jeunes agriculteurs sénégalais n’ont pas leur syndicat. Ils adhérent au CNCR. Les jeunes veulent élaborer une politique d’aide à l’installation. L’expérience et les échanges avec JA et AFDI peuvent leur être utiles. »

 

« Rester ici, travailler ici, réussir ici »

Dans cette optique d’échange, Karen, s’est rendue au Sénégal : « Le CNCR m’a invitée à des ateliers de réflexions du 6 au 12 octobre 2014. J’ai eu la chance d’être immergée dans leur quotidien, et de réfléchir avec eux aux solutions pour faire évoluer leur cause auprès des politiques sur place. »

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L’agriculture sénégalaise est encore paysanne et peu de jeunes s’installent : « Leurs problématiques s’apparentent à celles que nous avions il y a 50 ans. Ils se battent pour préserver la ruralité et faciliter l’accès aux crédits pour les agriculteurs… Des problèmes que nous avons également. C’était très enrichissant de partager nos expériences et d’échanger sur le métier d’agriculteur. » Les jeunes agriculteurs sénégalais aspirent à devenir incontournables : « Le collège des jeunes du CNCR souhaite devenir au Sénégal le principal interlocuteur en matière d’installation comme JA en France. » L’agricultrice souhaite continuer à s’investir au Sénégal : « Après les avoir rencontrés et vu la réalité du terrain, je ne peux qu’avoir envie de m’investir. Les jeunes agriculteurs sénégalais ont soif d’apprendre et souhaitent se former. Leur slogan  »Rester ici, travailler ici, réussir ici » démontre que l’agriculture sénégalaise a un avenir : ses jeunes. » JA et AFDI souhaitent que le dialogue, initié lors du sommet perdure. Nous étions invités au mois de novembre à Brasilia par le Contag, une organisation brésilienne, au Forum international de l’agriculture familiale à Medellín en Colombie et par le Roppa pour une conférence internationale à Lomé (Togo). L’objectif est de continuer à échanger avec les organisations du monde entier comme la FAO, le Cirad et le Fida. »

 

Le CNCR :

Créé le 17 mars 1993, par tous les acteurs du développement national sénégalais, il regroupe 26 fédérations ou unions paysannes représentant des millions de personnes. Le CNCR a pour finalité de contribuer au développement d’une agriculture paysanne qui assure une promotion socio-économique durable des exploitations familiales.

Les rencontres internationales de l’agriculture familiale au Bénin

Jeunes Agriculteurs (JA) et Agriculteurs français et développement internationale (Afdi) se sont rendus au Bénin au mois d’octobre dernier dans le cadre de l’Année Internationale de l’Agriculture Familiale (AIAF). Invités par la Fédération des Unions des Producteurs du Bénin (Fupro-Bénin) pour participer aux rencontres internationales de l’agriculture familiale, deux responsables JA en ont profité pour aller à la rencontre des jeunes agriculteurs familiaux béninois.

La Fupro est une Organisation Professionnelle Agricole créée en 1994. Initialement de type coopératif, elle a évolué en OPA de type associatif en 2007 pour défendre les intérêts de l’agriculture à échelle humaine. Elle est aujourd’hui  l’organisation paysanne la plus importante du Bénin (plus de 500.000 adhérents répartis par filière et organisations territoriales).

Partenaire de la Fupro depuis 2010 Afdi Aquitaine cherche à développer la reconnaissance et la valorisation des démarches qualités et origines au Bénin et appui les organisations paysannes pour renforcer le dialogue avec l’Etat.

 

Accompagnés d’Alain Saphy, arboriculteur français président du groupe Bénin d’Afdi et d’Henri Bies-Pere, responsable Afdi nationale et président de la FRSEA Aquitaine, Ange Loing administrateur national JA et Iban Pebet, secrétaire général JA des Pyrénées-Atlantiques ont découvert le contexte agricole béninois à travers des rencontres d’agriculteurs, de responsables d’organisations professionnelles et des visites d’exploitations. Cette mission a été l’occasion pour JA de rencontrer sur le terrain plusieurs jeunes agriculteurs de l’Association des Jeunes Agriculteurs Modernes du Bénin (AJAM) et d’échanger sur les conditions d’accès et d’exercice du métier d’agriculteur.

L’agriculture familiale est le modèle prédominant en Afrique de l’Ouest. Les principales organisations paysannes ouest africaines défendent le développement et la modernisation des exploitations familiales pour garantir la sécurité alimentaire des pays et des paysans. Au Bénin les agriculteurs familiaux représentent 70% de la population active et contribuent largement à l’économie locale et nationale du pays. Pourtant, ils ne bénéficient d’aucune reconnaissance de l’Etat et sont très souvent marginalisés par le reste de la société. Cette situation accentue le faible niveau d’attractivité du métier chez les jeunes et menace de plus en plus le renouvellement des générations en agriculture.


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Atelier familiale de transformation de l’huile de palme

                                    Crédit: Ange Loing                               

Les différents leaders paysans ouest africains et français, réunis à Bohicon lors des rencontres internationales, ont débattu des perspectives de l’agriculture familiale et des enjeux auxquels elle doit et devra faire face. Les problématiques rencontrées par les jeunes agriculteurs étaient au cœur des discussions.

imageLancement des rencontres internationales

Crédit: Fupro Bénin

Les échanges entre JA et l’AJAM du Bénin, lors de la table ronde sur l’installation, ont mis en avant l’importance de la formation et de la professionnalisation du métier, « parce qu’un jeune qualifié c’est une relève de qualité », selon les conclusions des intervenants. Le président de l’AJAM, Roland Vignonfodo, a également insisté sur les difficultés d’accès aux crédits pour les jeunes béninois, dont les taux peuvent atteindre 24%. La présentation du manifeste international des jeunes agriculteurs par el Mahaboub Damala, responsable de l’AJAM mandaté pour représenter la Fupro au Sommet le 4 septembre dernier à Bordeaux, a été l’occasion de rappeler que les jeunes doivent être considérés comme une véritable force de proposition pour construire l’avenir de la profession.

L’échange d’expérience avec JA et la participation au Sommet international des jeunes agriculteurs sont des étapes supplémentaires dans la reconnaissance et la prise en compte des préoccupations des jeunes agriculteurs au Bénin et plus largement en Afrique de l’Ouest.

Face au poids de la tradition, l’AJAM se mobilise pour renforcer son action et son réseau afin d’accroitre sa légitimité et sa visibilité au sein de la profession agricole béninoise. Cette légitimité est une clef déterminante « pour se faire entendre lors de l’élaboration des politiques publiques »  rappelle Ange Loing. En guise de clôture des rencontres internationales, le responsable JA a encouragé les jeunes agriculteurs et les responsables de l’AJAM a « entretenir et renforcer la dynamique de leur réseau afin d’améliorer l’image de l’agriculture aux yeux de la société et des nouvelles générations ».